ANALYSE DES COÛTS DES INTRANTS
Hausse des coûts des intrants après une stabilité récente
Les coûts des intrants de construction ont augmenté de façon constante en 2025, progressant de 2,8 % sur un an. Une année marquée par une demande modérée a permis de contenir les pressions sur les coûts dans l’industrie, malgré un contexte tendu caractérisé par des différends commerciaux, des augmentations salariales dans les secteurs syndiqués et une intensification des tensions géopolitiques. Toutefois, les contributions de la main-d’œuvre, des matériaux, ainsi que des machines et de l’équipement à l’évolution globale des coûts n’ont pas été ressenties de manière uniforme.
Source: Statistique Canada
Les coûts de la main-d’œuvre ont été le principal moteur de la hausse annuelle, augmentant de 4,7 % sur un an, soutenus par la rigidité découlant des conventions collectives. Toutefois, cette vigueur annuelle a été atténuée par une contraction de 1,7 % au quatrième trimestre de 2025. Cette baisse des salaires en fin d’année s’inscrivait dans un ralentissement plus général de la demande de main-d’œuvre, le taux de postes vacants dans la construction s’étant replié à 3,1 %.
Bien que les récentes diminutions salariales offrent un léger répit face aux pressions sur les coûts dans l’industrie, elles sont peu susceptibles de marquer le début d’une nouvelle tendance. La main-d’œuvre de la construction au Canada présente un déséquilibre démographique lié à une forte proportion de travailleurs plus âgés et à un bassin insuffisant de nouveaux entrants. En 2025, 18,9 % de la main-d’œuvre du secteur était âgée de 55 ans et plus, comparativement à 11,6 % il y a 30 ans. Les salaires doivent donc demeurer concurrentiels afin d’attirer et de retenir des travailleurs dans un contexte de diminution des réserves de main-d’œuvre qualifiée.
Les coûts des machines et de l’équipement ont augmenté de 1,8 % en 2025, la volatilité variant selon le type d’actif. Les coûts des camions moyens et lourds ont grimpé de 9,2 %, tandis que ceux des pompes et des compresseurs ont progressé de 3,7 %. À l’inverse, les prix des moteurs électriques et des génératrices sont demeurés relativement stables en 2025 (+0,3 %), dans un contexte d’essoufflement des charges de travail.
Bien qu’une croissance modérée de l’activité en 2026 devrait contribuer à maintenir les coûts des machines et de l’équipement généralement stables, ceux‑ci devraient néanmoins augmenter en raison des perturbations des flux pétroliers et des chaînes d’approvisionnement énergétique. Alors que les coûts de l’essence et du diesel repartent à la hausse, des coûts d’exploitation supplémentaires pour les machines et l’équipement sont susceptibles de se manifester.
Les coûts des matériaux ont augmenté de 1,7 % en 2025, bien que cette hausse modérée masque une accélération marquée au cours des derniers mois. Après une évolution contenue durant le premier semestre de l’année, les coûts des matériaux ont bondi de 2,7 % sur le trimestre et de 4,6 % sur un an au quatrième trimestre de 2025, enregistrant les hausses les plus fortes observées depuis 2022.
Les variations de prix ont fortement différé selon les produits de base. Les matériaux en cuivre ont enregistré certaines des hausses les plus marquées : les tuyaux et tubes en cuivre ont augmenté de 12,4 %, tandis que les câbles en cuivre ont progressé de 7,1 % en 2025. Ces augmentations reflètent une forte demande provenant des métiers de la mécanique et de l’électricité, une offre mondiale limitée ainsi que les droits de douane américains à l’importation. Les produits en béton ont également connu de fortes hausses, notamment les pavés en béton (+8,5 %), les blocs de maçonnerie en béton (+5,5 %) et le béton prêt à l’emploi (+5,4 %), soutenues par l’augmentation des coûts des matières premières et une demande robuste liée aux projets d’infrastructure.
À l’inverse, les prix de l’acier se sont repliés. Les prix de l’acier de construction sont demeurés essentiellement stables (+0,1 %), tandis que les prix des tuyaux et tubes en acier ont chuté de 12,7 % en 2025. Le ralentissement de l’activité dans la construction résidentielle et industrielle a réduit la consommation, et la diminution des exportations vers les États‑Unis en raison des droits de douane a accru la disponibilité sur le marché intérieur, exerçant ainsi une pression à la baisse sur les prix.
Source: Statistique Canada
Le conflit au Moyen‑Orient ajoute un degré supplémentaire d’incertitude aux coûts des matériaux en 2026. La position stratégique de l’Iran dans les flux mondiaux de matières premières — notamment pour le pétrole, le gaz naturel liquéfié (GNL) et l’aluminium — crée des vulnérabilités potentielles pour les intrants de construction.
Pour le Canada, les répercussions immédiates se traduisent par une hausse des coûts de transport et des coûts des matériaux à forte intensité énergétique, ainsi que par un risque de retards ou de contraintes d’approvisionnement si les perturbations persistent. Bien que les stocks existants puissent atténuer les pressions à court terme, un conflit prolongé pourrait éroder ces marges de manœuvre et entraîner une escalade plus marquée des coûts à mesure que 2026 progresse.